Protection des Mineurs sur Internet
Le 10 février dernier a eu lieu le Safer Internet Day, une journée de sensibilisation organisée par la Commission Européenne pour mobiliser les acteurs européens sur les mesures à mettre en oeuvre pour une utilisation plus responsable et plus sûre des jeunes sur Internet. L'occasion pour nous de faire le point sur les chiffres, les usages, les mesures prises en France et dans le reste du monde, mais aussi sur le chemin qu'il reste à parcourir...
LES CHIFFRES
LES CHIFFRES
A l'occasion du Safer Internet Day, l'association E-enfance et l'institut Ipsos ont réalisé la première étude française exhaustive sur l'attitude des parents face à l'utilisation d'Internet, du mobile et des jeux-vidéo.
Ce que pensent les parents
Cette étude révèle bien la méconnaissance des parents quant aux usages de leurs enfants sur le Web et le décalage existant entre ce que pensent les parents et la réalité des usages.
43 % des parents reconnaissent ne pas donner systématiquement de règle à leur enfant sur internet
47% pensent qu'il y a des risques sur Internet mais que leurs propres enfants n'y sont pas confrontés
53% des parents pensent que leurs enfants ne courent pas de risque sur Internet
68% des parents ne parlent pas systématiquement de ce que leurs enfants font ou voient sur Internet
77 % des parents estiment que leur enfant n’aura pas de propositions de la part d’inconnus malintentionnés sur des chats ou forums
78 % des parents estiment que leur enfant ne communiquera pas de données personnelles de façon non protégée (photos, adresse, téléphone, nom..)
79 % pensent des parents pensent que leur enfant ne fera pas des vidéos ou des photos privées avec son téléphone mobile qu’il mettra ensuite sur Internet
92% ne préviennent pas leurs enfants que tout n'est pas vrai sur Internet
Ce que font les enfants
Cette étude a permis également de recueillir quelques informations chiffrées sur les pratiques des enfants sur Internet. Ces chiffres sont sûrement à revoir à la hausse car ils reflètent ce que pensent les parents.
44% des 6-8 ans surfent sur Internet
70% des moins de 11 ans surfent sur Internet
Le téléphone mobile : 19% des 9-10 ans, 49% des 11-12 ans, 78% des 13-14 ans et 95% des plus de 15 ans ont un téléphone mobile
LES MESURES PRISES
Un site de sensibilisation : Internet sans crainte
Le 10 février également, le programme national français de protection des mineurs Internet sans crainte, a lancé un nouveau site : une nouvelle plateforme de sensibilisation pour les parents et les jeunes. Depuis 2 ans, le programme Vinz et Lou propose des films d'animations pour sensibiliser les 7-12 ans et tout un support pédagogique (plaquette, BD...) pour les éducateurs qui souhaitent accompagner les enfants dans leur éducation au web.
Un programme de sensibilisation s'adressant spécifiquement aux ados de 12-15 ans est en train d'être développé par un comité de pilotage auquel participe Territoires 21.
http://www.internetsanscrainte.fr/
Les campagnes de sensibilisation
En novembre 2008, un fait divers lié à une mauvaise rencontre sur le web précipite la diffusion d'un spot télévisé de prévention des mineurs sur Internet. Un spot, contesté et contestable, traduction d'un ancien spot allemand, qui caricature les usages du web et place sur le même plan le jeu vidéo et la pédophilie.
Voir la vidéo
A l'occasion du Safer Internet Day, une nouvelle campagne européenne, plutôt réussie, s'intéresse aux différentes formes de harcèlements dont peuvent être victimes les enfants sur Internet. La vidéo exprime, de façon imagée, l'impact ravageur que peut avoir des propos malsains, insultants... sur les jeunes
Voir la vidéo
Les réseaux sociaux s'engagent à mieux protéger les mineurs
Ces derniers mois, plusieurs réseaux ont montré leur volonté de davantage protéger les jeunes contre certains contenus inadaptés. Dailymotion a fait un partenariat avec E-enfance pour envoyer un message de sensibilisation personnalisé à tout mineurs s'inscrivant au service. Le même site a lancé en décembre une plateforme de vidéos spécifique pour les moins de 12 ans DMKids http://kids.dailymotion.com/
Ce 10 février, la Commission européenne a signé un accord avec 17 réseaux sociaux en Europe dont Myspace, Dailymotion, Facebook, Youtube, Habbo, Skyrock...
Tous s'engagent à mettre en place un certain nombre de mesures, comme la mise en place d'un bouton pour signaler des abus, ou l'enregistrement par défaut en mode « privé » des profils des membres de moins de 18 ans, ainsi que de leurs listes de contacts.
Lancement d'une hotline pour la protection des mineurs
Le 1er décembre 2008, l'assocation E-enfance a lancé officiellement Net Ecoute Famille, une ligne d'écoute accessible au 0820 200 000 créée à la demande la Commission Européenne, comme dans d'autres pays d'Europe. Elle s'adresse aux parents comme aux enfants qui sont confrontés à différents problèmes sur le Web. Ce numéro fait aussi office de hotline pour les parents qui souhaitent être accompagnés pour l'installation et le réglage des outils de contrôle parental. Actuellement, 50% des appels sont liés à l'utilisation de MSN, la messagerie instantanée de Microsoft, 30% sur l'addiction aux jeux en ligne et 20% à des images choquantes découvertes sur Internet.
CE QU'IL RESTE A FAIRE
Difficile d'être exhaustif sur ce sujet, c'est pourquoi j'ai choisi de vous interpeller sur un point.
Les sites jeunesse ne sont pas irréprochables
Les campagnes de prévention concernent essentiellement les usages que les jeunes font d'outils qui ne leur sont pas spécifiquement adaptés (jeux en réseaux, réseaux sociaux, messagerie instantanée...).
Pourtant il existe un problème spécifique au Web que la plupart des parents ignorent : ils ne peuvent pas faire totalement confiance aux éditeurs de contenus pour la jeunesse car il n'existe pas d'organisme de contrôle des contenus ou de la publicité, contrairement aux autres médias qui s'adressent aux mineurs.
Ainsi, on trouve sur des portails s'adressant spécifiquement à des enfants, des liens vers des contenus inadaptés aux mineurs, des publicités effrayantes ou pour des services interdits aux mineurs (jeu d'argent, de paris...)
Sur un site comme Absoluflash, un portail de jeux, première réponse Google à une requête "jeu éveil", on accède à des contenus pornographiques, gores ou effrayants d'un simple clic à partir de la page "Jeu d'éveil pour enfants de 4/5 ans".
Je pense également à l'hypocrisie de certains sites qui se protègent avec des conditions d'utilisation en décalage avec la réalité de leur public. Sur le site Girlsgogame : une interface à coeurs roses, des coloriages, des jeux d'habillages ou de maquillages de poupées... les activités préférées des petites filles de moins de 8 ans sur le Web. Pourtant à lecture des conditions d'utilisation, on découvre que : "La limite d’âge pour les utilisateurs du site Internet est de 14 ans minimum". Hum, hum... brandisse-t-il ce texte pour jsutifier la diffusion de publicité pour des jeux ou des films interdits au moins de 16 ans ?
Les exemples sont multiples, je vous laisse juges en observant les copies d'écran ci-dessous.


A côté d'un jeu pour enfant, une publicité pour le dvd d'un film interdit aux - de 16 ans

En attente du chargement d'un coloriage, une publicité pour les vidéos "chocs" d'un site de partage de vidéos et pour Emule, un logiciel utilisé esssentiellement pour du téléchargement illégal.

En attendant le chargement d'un coloriage, une publicité pour un film d'animation d'horreur...

Des publicités pour des jeux de paris en ligne, interdits en France, et des jeux d'argent, interdits aux mineurs...
Ce que je constate dans le cadre d'intervention auprès d'enfants de CM1 et CM2, ce sont des rencontres désormais systématiques et banalisées avec des images choquantes, non pas sur des sites pour adultes... mais sur des sites qui s'adressent à eux et qu'ils visitent tous les jours.
N'y-a-t-il pas moyen de légiférer sur la responsabilité éditoriale des éditeurs de contenus jeunesse ?
TERRITOIRES 21 et la protection des mineurs sur Internet
Nous avons participé au 1er programme national de sensibilisation des mineurs sur Internet s'adressant aux 7-12 ans. Depuis janvier, nous avons rejoins le comité de pilotage de la 2ème phase de ce programme s'adressant aux 12-15 ans. Nous intervenons partout en France, dans les établissements scolaires, pour informer les élèves, du CM au lycée, et leurs parents, en soirée, sur des pratiques responsables du Web. L'idée n'est pas de faire peur, ni de caricaturer, mais simplement de montrer aux jeunes que le Net n'est pas cette zone de non-droit où tout est permis et aux parents que leur enfant n'est pas toujours celui qu'il croit. Exactement ce que révèle le sondage qui vient de sortir.
Consulter notre page sur la Protection des mineurs sur Internet
Axelle Desaint
Février 2009
Ce que pensent les parents
Cette étude révèle bien la méconnaissance des parents quant aux usages de leurs enfants sur le Web et le décalage existant entre ce que pensent les parents et la réalité des usages.
43 % des parents reconnaissent ne pas donner systématiquement de règle à leur enfant sur internet
47% pensent qu'il y a des risques sur Internet mais que leurs propres enfants n'y sont pas confrontés
53% des parents pensent que leurs enfants ne courent pas de risque sur Internet
68% des parents ne parlent pas systématiquement de ce que leurs enfants font ou voient sur Internet
77 % des parents estiment que leur enfant n’aura pas de propositions de la part d’inconnus malintentionnés sur des chats ou forums
78 % des parents estiment que leur enfant ne communiquera pas de données personnelles de façon non protégée (photos, adresse, téléphone, nom..)
79 % pensent des parents pensent que leur enfant ne fera pas des vidéos ou des photos privées avec son téléphone mobile qu’il mettra ensuite sur Internet
92% ne préviennent pas leurs enfants que tout n'est pas vrai sur Internet
Ce que font les enfants
Cette étude a permis également de recueillir quelques informations chiffrées sur les pratiques des enfants sur Internet. Ces chiffres sont sûrement à revoir à la hausse car ils reflètent ce que pensent les parents.
44% des 6-8 ans surfent sur Internet
70% des moins de 11 ans surfent sur Internet
Le téléphone mobile : 19% des 9-10 ans, 49% des 11-12 ans, 78% des 13-14 ans et 95% des plus de 15 ans ont un téléphone mobile
LES MESURES PRISES
Un site de sensibilisation : Internet sans crainte
Le 10 février également, le programme national français de protection des mineurs Internet sans crainte, a lancé un nouveau site : une nouvelle plateforme de sensibilisation pour les parents et les jeunes. Depuis 2 ans, le programme Vinz et Lou propose des films d'animations pour sensibiliser les 7-12 ans et tout un support pédagogique (plaquette, BD...) pour les éducateurs qui souhaitent accompagner les enfants dans leur éducation au web.
Un programme de sensibilisation s'adressant spécifiquement aux ados de 12-15 ans est en train d'être développé par un comité de pilotage auquel participe Territoires 21.
http://www.internetsanscrainte.fr/
Les campagnes de sensibilisation
En novembre 2008, un fait divers lié à une mauvaise rencontre sur le web précipite la diffusion d'un spot télévisé de prévention des mineurs sur Internet. Un spot, contesté et contestable, traduction d'un ancien spot allemand, qui caricature les usages du web et place sur le même plan le jeu vidéo et la pédophilie.
Voir la vidéo
A l'occasion du Safer Internet Day, une nouvelle campagne européenne, plutôt réussie, s'intéresse aux différentes formes de harcèlements dont peuvent être victimes les enfants sur Internet. La vidéo exprime, de façon imagée, l'impact ravageur que peut avoir des propos malsains, insultants... sur les jeunes
Voir la vidéo
Les réseaux sociaux s'engagent à mieux protéger les mineurs
Ces derniers mois, plusieurs réseaux ont montré leur volonté de davantage protéger les jeunes contre certains contenus inadaptés. Dailymotion a fait un partenariat avec E-enfance pour envoyer un message de sensibilisation personnalisé à tout mineurs s'inscrivant au service. Le même site a lancé en décembre une plateforme de vidéos spécifique pour les moins de 12 ans DMKids http://kids.dailymotion.com/
Ce 10 février, la Commission européenne a signé un accord avec 17 réseaux sociaux en Europe dont Myspace, Dailymotion, Facebook, Youtube, Habbo, Skyrock...
Tous s'engagent à mettre en place un certain nombre de mesures, comme la mise en place d'un bouton pour signaler des abus, ou l'enregistrement par défaut en mode « privé » des profils des membres de moins de 18 ans, ainsi que de leurs listes de contacts.
Lancement d'une hotline pour la protection des mineurs
Le 1er décembre 2008, l'assocation E-enfance a lancé officiellement Net Ecoute Famille, une ligne d'écoute accessible au 0820 200 000 créée à la demande la Commission Européenne, comme dans d'autres pays d'Europe. Elle s'adresse aux parents comme aux enfants qui sont confrontés à différents problèmes sur le Web. Ce numéro fait aussi office de hotline pour les parents qui souhaitent être accompagnés pour l'installation et le réglage des outils de contrôle parental. Actuellement, 50% des appels sont liés à l'utilisation de MSN, la messagerie instantanée de Microsoft, 30% sur l'addiction aux jeux en ligne et 20% à des images choquantes découvertes sur Internet.
CE QU'IL RESTE A FAIRE
Difficile d'être exhaustif sur ce sujet, c'est pourquoi j'ai choisi de vous interpeller sur un point.
Les sites jeunesse ne sont pas irréprochables
Les campagnes de prévention concernent essentiellement les usages que les jeunes font d'outils qui ne leur sont pas spécifiquement adaptés (jeux en réseaux, réseaux sociaux, messagerie instantanée...).
Pourtant il existe un problème spécifique au Web que la plupart des parents ignorent : ils ne peuvent pas faire totalement confiance aux éditeurs de contenus pour la jeunesse car il n'existe pas d'organisme de contrôle des contenus ou de la publicité, contrairement aux autres médias qui s'adressent aux mineurs.
Ainsi, on trouve sur des portails s'adressant spécifiquement à des enfants, des liens vers des contenus inadaptés aux mineurs, des publicités effrayantes ou pour des services interdits aux mineurs (jeu d'argent, de paris...)
Sur un site comme Absoluflash, un portail de jeux, première réponse Google à une requête "jeu éveil", on accède à des contenus pornographiques, gores ou effrayants d'un simple clic à partir de la page "Jeu d'éveil pour enfants de 4/5 ans".
Je pense également à l'hypocrisie de certains sites qui se protègent avec des conditions d'utilisation en décalage avec la réalité de leur public. Sur le site Girlsgogame : une interface à coeurs roses, des coloriages, des jeux d'habillages ou de maquillages de poupées... les activités préférées des petites filles de moins de 8 ans sur le Web. Pourtant à lecture des conditions d'utilisation, on découvre que : "La limite d’âge pour les utilisateurs du site Internet est de 14 ans minimum". Hum, hum... brandisse-t-il ce texte pour jsutifier la diffusion de publicité pour des jeux ou des films interdits au moins de 16 ans ?
Les exemples sont multiples, je vous laisse juges en observant les copies d'écran ci-dessous.


A côté d'un jeu pour enfant, une publicité pour le dvd d'un film interdit aux - de 16 ans

En attente du chargement d'un coloriage, une publicité pour les vidéos "chocs" d'un site de partage de vidéos et pour Emule, un logiciel utilisé esssentiellement pour du téléchargement illégal.

En attendant le chargement d'un coloriage, une publicité pour un film d'animation d'horreur...

Des publicités pour des jeux de paris en ligne, interdits en France, et des jeux d'argent, interdits aux mineurs...
Ce que je constate dans le cadre d'intervention auprès d'enfants de CM1 et CM2, ce sont des rencontres désormais systématiques et banalisées avec des images choquantes, non pas sur des sites pour adultes... mais sur des sites qui s'adressent à eux et qu'ils visitent tous les jours.
N'y-a-t-il pas moyen de légiférer sur la responsabilité éditoriale des éditeurs de contenus jeunesse ?
TERRITOIRES 21 et la protection des mineurs sur Internet
Nous avons participé au 1er programme national de sensibilisation des mineurs sur Internet s'adressant aux 7-12 ans. Depuis janvier, nous avons rejoins le comité de pilotage de la 2ème phase de ce programme s'adressant aux 12-15 ans. Nous intervenons partout en France, dans les établissements scolaires, pour informer les élèves, du CM au lycée, et leurs parents, en soirée, sur des pratiques responsables du Web. L'idée n'est pas de faire peur, ni de caricaturer, mais simplement de montrer aux jeunes que le Net n'est pas cette zone de non-droit où tout est permis et aux parents que leur enfant n'est pas toujours celui qu'il croit. Exactement ce que révèle le sondage qui vient de sortir.
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Axelle Desaint
Février 2009



